Il y a une confusion qui coûte cher dans l’accompagnement des sportifs. Une confusion que je rencontre en séance, semaine après semaine, y compris avec des athlètes de haut niveau. Elle ressemble à ceci : un coach arrive, ou un kiné, ou un parent, et dit « il manque de confiance en lui. » L’athlète dit lui-même « je n’ai pas confiance. » Et on commence à travailler sur la confiance.
Sauf que ce n’est pas toujours là que le problème se trouve.
La confiance en soi, au sens où Albert Bandura l’a théorisé avec le sentiment de compétence personnelle, est directement liée à la répétition et à l’expérience. Quand quelqu’un pratique une activité depuis dix ans, sa confiance devrait monter naturellement. C’est mécanique. Si ce n’est pas le cas, c’est que le problème n’est pas là.
Ce qu’on confond avec un manque de confiance, c’est souvent une fragilité d’estime de soi.
Ce sont deux choses très différentes. La confiance en soi, c’est ce que je crois être capable de faire. L’estime de soi, c’est la valeur que je me donne en tant que personne. Et l’estime ne se construit pas avec des répétitions d’exercices ou des victoires en compétition. Elle se construit ailleurs , dans l’histoire de l’athlète, dans ce qu’il a appris très tôt sur ce qu’il devait être pour avoir de la valeur.
Un athlète qui pense « si je rate cette finale, je ne vaux rien » n’a pas un problème de confiance. Il a un problème d’estime. Et si on lui propose des exercices de visualisation positive ou des routines d’ancrage, on va tourner en rond.
Ce que ça change dans la pratique
Pour les praticiens qui accompagnent des sportifs , entraîneurs, kinésithérapeutes, préparateurs physiques , cette distinction change le diagnostic et donc l’intervention.
Un athlète qui doute de ses capacités dans une situation précise, sur un geste technique, dans un contexte de compétition spécifique : c’est un travail de confiance. On peut l’aborder avec de la répétition maîtrisée, de l’imagerie mentale, de la progressivité dans l’exposition.
Un athlète dont la valeur personnelle est conditionnée au résultat, qui s’effondre après un échec, qui n’arrive pas à se réjouir de ses progrès parce que ça ne suffit jamais : c’est un travail d’estime. Il faut aller chercher les apprentissages précoces, les croyances sur ce qu’il faut être pour mériter d’exister dans le sport et en dehors.
C’est là que des outils comme le travail sur les valeurs personnelles ou l’hypnose deviennent pertinents , non pas pour calmer, mais pour recadrer en profondeur ce que l’athlète a intégré sur lui-même.
La pression culturelle que personne ne nomme
Il y a un paramètre supplémentaire, souvent invisible : le sport français valorise fortement l’humilité. Un athlète qui dit « je vais tout écraser » sera recadré, parfois sanctionné socialement. Résultat : des sportifs qui ont des ressources réelles, mais qui apprennent à se les cacher à eux-mêmes pour se conformer à une norme extérieure.
Ce n’est pas un manque de confiance. C’est une estime construite sur des valeurs qui ne leur appartiennent pas.
Le travail de fond consiste à aider l’athlète à distinguer ses propres valeurs de celles qui lui ont été transmises , et à construire une estime qu’il a lui-même choisie. Pas plus facile à dire qu’à faire. Mais c’est le seul chemin qui tient dans la durée.
En pratique, dans les accompagnements que je mène et dans les formations que je propose aux professionnels du sport, c’est sur ce terrain que se jouent les vraies transformations. Pas dans l’accumulation d’outils. Dans la clarté du diagnostic.
