Ce que le squash a à nous apprendre sur la préparation mentale

Preparation mentale Squash Camille Serme

Ce que le squash a à nous apprendre sur la préparation mentale

Cette semaine, MentalCamp était partenaire de la Masterclass de Camille Serme.
Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas encore : Camille, c’est 13 titres de championne de France, 6 titres de championne d’Europe, 4 grands tournois internationaux remportés, et un rang de numéro 2 mondiale au sommet de sa carrière.
Autant dire qu’elle sait de quoi elle parle quand il s’agit de performance.

Aujourd’hui, Camille transmet.
À travers ses Masterclass, elle partage son expérience, ses apprentissages et son approche du jeu avec des passionnés de squash venus de partout.
Et cette fois-ci, elle nous a invités, nous, MentalCamp, à intervenir sur un sujet qui la traverse depuis longtemps : la préparation mentale.

Pourquoi la préparation mentale a sa place sur un court de squash

Camille a découvert la préparation mentale très tôt — à 14 ans.
Une époque où peu d’athlètes, même de haut niveau, savaient encore ce que c’était.
Au fil de sa carrière, elle a travaillé avec plusieurs préparateurs mentaux, affinant sa connaissance du mental, des émotions, et de ce qui fait vraiment la différence dans un match.

Aujourd’hui, dans ses conférences et interventions, elle en parle comme de ses piliers invisibles.
Ceux qu’on ne voit pas sur le court, mais qui décident souvent du score final.

Alors pourquoi le squash, en particulier, est un terrain si fertile pour parler de préparation mentale ?
Parce qu’il concentre toutes les dimensions du mental dans un espace clos :
la vitesse, la fatigue, la frustration, la peur, la concentration, la présence de l’autre, la gestion du silence et du chaos.

Un sport intense, pas violent

On entend souvent que le squash est un sport violent.
En réalité, il est intense, mais pas violent.
L’intensité, c’est la marque de ce sport — physique, bien sûr, mais aussi mentale.

Le squash reste encore aujourd’hui l’un des sports les plus cardio du monde.
C’est celui où le cœur monte le plus haut, et où le temps de jeu effectif est parmi les plus exigeants.
C’est aussi un sport où l’on brûle le plus de calories, sans vraiment s’en rendre compte.

Mais ce n’est pas tout :
c’est un sport où l’on doit penser vite, réagir vite, et ressentir vite.
Et c’est là que tout se complique.

La vitesse de jeu, ou l’art de décider sous pression

Même un joueur débutant le remarque : la balle va vite.
Très vite.
Cette vitesse impose une succession de prises de décision instantanées.

Et ces décisions, elles ne sont pas toujours rationnelles.
Elles passent par un filtre émotionnel : la peur, la frustration, l’excitation, la colère, ou parfois même… la joie.

Plus le rythme s’accélère, plus l’émotion parasite la décision.
Et c’est précisément ici que la préparation mentale devient un levier.
Apprendre à ralentir de l’intérieur, quand tout s’accélère à l’extérieur.
C’est ça, le vrai travail.

Un adversaire… dans le même espace

Contrairement à beaucoup d’autres sports de raquette, le squash se joue dans la même zone que l’adversaire.
On partage le même espace, on se croise, on s’esquive, on se gêne parfois.

Impossible de s’en extraire complètement.
On ne joue pas contre quelqu’un à distance — on joue avec quelqu’un, dans le même cadre.
Et mentalement, ça change tout.

On peut très vite rentrer dans la tête de l’autre.
Et, tout aussi vite, se laisser envahir par lui.

Rester concentré sur soi, dans un espace clos, bruyant, pressurisant, c’est une véritable compétence mentale.
C’est d’ailleurs l’un des sujets que nous avons abordés pendant la Masterclass.

Entre deux jeux : deux minutes pour se régénérer

Autre particularité du squash : les temps de récupération.
Deux minutes entre chaque jeu.
C’est court. Très court.

Ce temps ne permet pas de refaire le match, de respirer longuement ou de s’étirer dans un coin.
Il faut donc des outils mentaux simples, rapides et efficaces.
Des techniques que l’on peut utiliser entre deux balles, entre deux services, entre deux jeux.

Pendant notre intervention, c’est ce que nous avons exploré.

Un exemple : la vision périphérique

Parmi les outils présentés, l’un d’eux a particulièrement intéressé les joueurs : la vision périphérique.

C’est un exercice issu de la préparation mentale et des neurosciences attentionnelles.
Il consiste à élargir volontairement son champ visuel pour réduire le bruit cognitif interne — ce fameux flot de pensées parasites.

Quand on passe en vision périphérique, on désactive une partie du mode “surcontrôle” du cerveau.
On revient dans le corps, dans la perception globale.
Résultat : plus de calme, plus de recul, et un dialogue interne plus positif.

C’est un outil que nous utilisons souvent dans nos sessions MIND, et qu’on retrouve d’ailleurs en replay sur notre plateforme MentalCamp, ouverte gratuitement à tous les sportifs.

Jouer avec les murs

Le squash, c’est aussi un sport de métaphore.
Parce qu’au fond, qu’est-ce que c’est ?
C’est se mettre face à un mur… et apprendre à jouer avec.

Là où la plupart des gens, dans la vie, voient un mur comme un obstacle,
le joueur de squash, lui, en fait un allié.
Il compose avec.
Il s’en sert pour créer du mouvement, pour reprendre le rythme, pour trouver un autre angle.

C’est une belle leçon, pas seulement pour le sport.

Parce qu’on passe tous par des moments où la vie nous renvoie un mur.
Un échec, une fatigue, une rupture, une blessure.
Et dans ces moments-là, la préparation mentale, c’est exactement ça :
apprendre à ne plus foncer dedans,
mais à jouer avec.

En conclusion

Le squash est un sport de lucidité.
Un sport où tout va trop vite pour qu’on puisse tricher avec soi-même.
Il oblige à clarifier son mental, à apprendre à respirer dans la contrainte, à faire de l’adversité un terrain de jeu.

Et c’est précisément ce que Camille transmet aujourd’hui dans ses Masterclass :
le goût du jeu, la rigueur de l’entraînement, et la conscience que le vrai travail n’est pas seulement physique.

Merci à elle pour son invitation, et merci aux joueurs présents pour leur écoute, leur curiosité et leur énergie.

Et vous ?
Avez-vous déjà joué au squash ?
Ou, plus symboliquement, avez-vous appris, vous aussi, à jouer avec vos murs ?


Jonathan Bel Legroux
Préparateur mental, fondateur de MentalCamp
Responsable de l’espace Refuge — l’entraînement mental des grimpeurs et sportifs de terrain
Auteur de deux livres parus aux éditions Amphora

Jonathan